L'association Événement du Tact Équestre en Dordogne Cadouin

Des informations utiles pour tous les passionnés de l’équitation en Dordogne

L'association Événement du Tact Équestre est situé au cœur du village de Cadouin en Dordogne.

Diplômée d’état, je vous propose des stages et je vous accompagne tout au long de votre parcours.

Si vous êtes passionné du monde équestre, vous devez en savoir plus sur le domaine…

 L'Iso-praxie, condition première de la légèreté

Le terme « d'iso-praxie » a été définie par Mac-Lean (1990) : « comportement dans lequel deux ou plusieurs individus s'engagent dans la même sorte d'activité et, ainsi, communiquent ».

Mac-Lean ajoute que l'iso-praxie est essentielle au maintien de l'identité des différentes catégories du groupe social.
Toutefois, le concept était déjà présent chez Lorenz (1937) qui constate que « les amorces d'actes, qui ne sont en fait que des ébauches inachevées d'actes déterminés »,
qu'on nomme aussi "mouvement d'intention" ou "signes prodromiques" acquièrent secondairement une fonction d'induction de résonance chez les congénères,
qui se transmet d'un individu à l'autre chez les espèces sociales.
Plus tard, Piaget (1947) montrait que « l'imitation en elle-même est un prolongement des mouvements d'accommodation impliqués par l'activité perceptive ».
Nous verrons que les récents développements de la recherche, notamment la découverte des neurones miroirs par Rizzolatti (1990), ont permis d'éclairer sous un jour nouveau le travail du cheval monté.

Humains et chevaux : la rencontre et les différences

Les humains et les animaux domestiques font partis des espèces épi-génétiquement modifiées qui ont conservé des caractères juvéniles (hétérochromie néoténique);
ce sont ces caractères juvéniles persistants qui leur permettent d'entrer en contact et de cohabiter, ce qui ne serait jamais possible entre espèces sauvages différentes.
Néanmoins, des différences comportementales irréductibles demeurent entre espèces et sont la cause de disfonctionnement dans les relations.

Les humains, anciens primates arboricoles, possèdent toutes sortes de coordinations motrices fixées génétiquement totalement étrangères aux chevaux, et mêmes parfois en opposition avec eux.
Les grands primates possèdent une locomotion qui est une branchiation prioritaire (utilisation des bras et des mains), servie par une propulsion postérieure (comme dans le « crawl »par exemple).
Les humains ayant adopté la bipédie, ont libéré leurs mains de leurs fonctions dans l'équilibration et la locomotion, tout en conservant les synergies motrices qui les faisaient fonctionner dans les arbres...
La main, organe de l'assurance-vie chez les arboricoles, se met spontanément en position de « pronation », paume en dessous qui permet de « prendre » avec force, sans ouvrir, sous peine de chute !
Au contraire, en position stable, par exemple assise, la main peut se mettre en position de « supination », paume vers le haut, comme pour porter délicatement un fruit à la bouche.

Autre particularité spécifique, les mères primates portent leurs enfants, déjà débrouillés mais pas encore capables de déplacement rapides dans les branches,
sur leurs dos où ils se cramponnent en pronation, pendant que leurs jambes enserrent leur mères.

C'est la réactivation de ce programme juvénile de portage, permis par la néoténie humaine qui nous permet d'avoir « l’idée de se faire porter ».
Sur le plan sensoriel, les sens de référence humaine est la vision centrée qui nous oblige à bouger nos yeux pour élargir notre perception nette et détaillée, c'est-à-dire «regarder».

Le cheval, ne possède aucun programme de portage, et tout ce qui lui charge le dos déclenche un mécanisme de « rejet anti-prédateur »
qui doit être soit fortement atténué par le débourrage (habituation ou inhibition afférente) soit franchement bloqué (inhibition efférente, plus dommageable), pour permettre son utilisation comme monture.

De plus, l'avant-main joue un rôle dans le soutient et la direction, mais la priorité, dans le travail monté, revient à l'arrière-main, qui doit assurer prioritairement une grande partie du portage et de l'équilibration,
ce qui fait dire que le dressage consiste à renvoyer du poids de l'avant sur l'arrière.... et que l'équitation juste se pratique d'arrière en avant !

Sur le plan sensoriel, le cheval est un macros-mate qui a conservé l'olfaction comme un sens de référence auquel il revient toujours pour confirmer ses autres perceptions sensorielles, dont la vision qui n'est pas centrée mais panoramique.

En effet, il est dépourvu de fovéa (la tâche centrale de notre fond d'œil, riche en cônes) : celle-ci est remplacée par une ligne naso-temporale de cellules sensitives avec laquelle il perçoit, sans bouger les yeux, une bande panoramique d'environ 160degrés pour chaque œil, les bandes droite et gauche raccordées par la zone commune aux deux yeux, en avant de la tête (cette partie commune étant seulement une zone de raccordement et non une zone de vision binoculaire du relief).

On peut dire que le cheval « voit » sans regarder, et qu'il ne n'en croit jamais ses yeux ! Nous allons voir que ces différences jouent un rôle important dans la résonnance motrice entre le cavalier et sa monture.

La perception cénesthésique réciproque cheval / cavalier

L'absence de programme de portage, et la désactivation des réactions anti-prédatrices entraînent une conséquence perceptive importante qui n'a, jusqu'à présent, pas été prise en compte par l'étude du cheval monté:
faute d'un cadre neurophysiologique instinctif, génétiquement organisées, les perceptions naturelles résultants du portage social ne peuvent pas faire l'objet d'une synthèse (portage d'un cavalier), mais restent des sensations éclatés.

C'est déjà le cas chez le poulain qui, pendant une huitaine de jours peut « voir » sa mère à quelques mètres et ne pas la reconnaître tant qu'il n'a pas entendue hennir et qu'il ne la pas sentie.
« Les deux premiers stades du développement (cognitif) de l'espace sont caractérisés par la non coordination des divers espaces sensoriels entre eux » : Piaget parle « d'incapacité synthétique », qui entraîne la simple juxtaposition des éléments perçus, par opposition à la liaison continue et intégrée qu'il n'acquerra que progressivement.

Or, les chevaux que nous montons, bien qu'adultes, grâce à la néoténie épi-génétique des chevaux domestiques, ont conservé la capacité de régresser à des stades antérieurs juvéniles dans de nombreux domaines (attachement, alimentation, toilettage, motricité...), en particulier dans l'incapacité de synthèses sensorielles lorsque la perception ne rentre pas dans un cadre prévu génétiquement pour l'espèce; c'est bien le cas du cavalier sur son dos, qui n'est prévu par aucun programme de portage.

Il va donc en ressentir le poids, l'odeur, la voix, le contact, l'image (en tournant un peu la tête) et même les crispations reflétant les émotions du cavalier XY, comme un « bouquet de sensations » juxtaposées, associé au cavalier XY, partenaire social, qu'il a déjà vu à terre juste avant, mais qui s'est, en quelque sorte, fondu dans le bouquet de sensations.

Toutes les sensations venant du cavalier, faute d'une correspondance avec une personne concrète, seront ressenties comme émanant de son propre corps sous la forme de sensations superficielles avec le contact direct de la selle, des jambes et du mors, de sensibilité aux vibrations, au frôlement, au glissement, aux pressions, aux déséquilibres, à la voix et, éventuellement, à la douleur (action exagérée du mors ou des éperons).

Mais le cheval perçoit aussi ses propres tensions musculaires, la position de ses muscles et de ces articulations (kinesthésie) ainsi que leurs variations dans le temps et même ses positions futures, grâce à la capacité d'anticipation dynamique des capteurs sensoriels.
Il perçoit l'inclinaison et les rotations du corps induites par la gestualité du cavalier.

Enfin, il éprouve des émotions qui se traduisent par des sensations proprioceptives, variation du rythme cardiaque, contraction viscérales, défécation, afflux de salive, mucus nasal. Tout cet ensemble constitue «la sensibilité cénesthésique».

Mais l'homme possède aussi cette sensibilité cénesthésique (il n'est qu'à voir les réactions de tout cavalier débutant), et tout mouvement, changement d'attitude, contraction ou relâchement de la part du cheval induiront les mêmes phénomènes auxquels s'ajouteront des particularités proprement humaines telles que raisonnement, l'imaginaire ou l'anticipation.

L'interaction réciproque de ces deux sensibilités constitue la communication cénesthésique homme/cheval dans laquelle chacun des deux protagonistes « envahit » littéralement le corps de l'autre, inconsciemment pour le cheval, et (parfois) consciemment pour le cavalier.

Si la communication est de bonne qualité, cela aboutit à une relation fusionnelle.
Des travaux récents ont apportés un éclairage nouveau sue les mécanismes neurophysiologiques mis en œuvre par cette communication cénesthésique.

La résonance motrice et iso-praxie cheval / cheval

Giacomo Rizzolatti et son équipe de l'Université de Parme ont constaté, sur des singes, que certains neurones du cortex prémoteur et pariétal étaient activés non seulement lorsque le sujet exécutait un mouvement,
mais aussi lorsqu'il voyait un autre singe exécuter ce mouvement.

Ces neurones, doués en même temps de capacité sensorielle et motrice, ont été baptisés « neurones miroirs », et on en a trouvé depuis, non seulement chez les primates (dont l'homme),
mais aussi chez quantité d'animaux, jusqu'à la pieuvre, ce qui ferait remonter leur apparition dans l'évolution à environ 60 millions d'années ! Les « systèmes miroirs » reflètent un lien direct entre la perception et l'action.
Ils sont responsables phénomènes de résonance motrice entre individus, comme le synchronisme des bancs de poissons ou des vols d'oiseaux.

L'imitation sociale à l'intérieur d'un groupe de chevaux, comme le départ au galop de tous déclenché par l'un d'eux, ou le contagion de la sieste, couché au soleil, sont des résonances motrice auxquelles s'ajoutent des résonances affectives,
« l'isosesthésie » ou humeur semblable. Les résonances affectives ou motrices peuvent aussi intervenir, entre espèces différentes, à condition que les mouvements de « l'émetteur » soient réalisables par l'espèce du récepteur.

Certaines familles de mammifères ont développé des spécialisations, telles que la nage, le vol ou grimper, difficilement imitable d'une espèce à l'autre. Mais chez la plupart des mammifères,
il existe un fond commun de synergie motrice, comme le pas, le trot, le galop, la flexion...

Depuis les travaux de Von Holtz (1930) on sait que ces synergies sont organisées et pilotées par des réseaux de neurones qui fonctionnent comme des oscillateurs à modulation de fréquence (comme la radio F.M. !) et qui peuvent se synchroniser pour aboutir à un mouvement ou à une série de mouvements.
La locomotion du cheval est une synergie de ce type: chaque membre joue le rôle d'un oscillateur dont la fréquence est liée à sa taille, à sa forme, à ses articulations, et qui est activé par un petit centre nerveux situé dans la moelle épinière.

Les nodules nerveux des quatre membres assurent« l'accrochage » des quatre membres oscillants entre eux et assurent un synchronisme ou un déphasage stable d'une fraction de nombres entiers déterminés (1/2, 1/3, 1/4) selon les paramètres de vitesse et de charge: cela donne le pas (1/4), le trot (diagonales synchrones déphasage 1/2 entre elles) et le galop (postérieur, diagonale, antérieur: déphasage 1/3 entre chaque).

L'accrochage des oscillations peut aussi grâce au « système miroir », se produire d'un individu à l'autre dans la même espèce: des synergies d'oscillateur neuromusculaires peuvent ainsi se synchroniser; c'est par exemple, le déclenchement d'une fuite du groupe par la frayeur d'un de ses membres.

Julie Grêzes parle d'un « processus collectif d'accrochage en phase et en fréquence de réactions circulaires considérées comme autant d'oscillateurs ».
Le schéma général physio-cognitif de la résonance iso-praxique serait : lecture de l'action motrice et des réactions émotionnelles de l'autre... codage de l'action et des émotions de l'autre, en lien avec son propre vécu...
production de la résonance et des émotions motrice et émotionnelle.

Celle-ci se produit d'autant plus facilement que l'état interne, affectif et physique, est plus proche, et que le mécanisme physiologique d'accrochage est plus fort (un accrochage olfactif est plus fort qu'un auditif ou un tactile qui sont plus puissant qu'un accrochage visuel).

La résonance et l'iso- praxie homme/cheval

Nous sommes dans le cas de deux organismes aux adaptations différentes. Néanmoins, le plan d'ensemble «mammifères» s'applique aux deux, notamment les rayons squelettiques (sauf clavicule), et les synergies motrices neuromusculaires des allures.

Parmi nos handicaps, nous avons la priorité de la main (qui nous rend difficile l'utilisation des aides dans l'ordre « assiette, jambes, mains »), notre grande tendance d'arboricoles à effectuer des mouvements de compensation (par exemple, déplacer les fesses à droite lorsque nous voulons porter du poids à gauche …. ce qui annule le résultat), et notre verticalité, qui rend parfois difficile la transposition de la dynamique de quadrupède (par exemple la tendance à remplacer les flexions par des torsions qui ne « résonnent » pas chez le cheval).

Mais nous avons aussi des atouts, en particulier notre capacité d'allocentrisme (capacité de se mettre à la place de l'autre en tant qu'autre), totalement absent chez le cheval qui reste exclusivement égocentré, et souvent remplacé chez l'humain par la fausse décentration, ou projection, qui consiste à attribuer à l'autre notre propre égocentrisme... Nous avons aussi l'avantage de pouvoir exécuter des mouvements volontaires conscients en fonction d'un projet (supposé) cohérent, pour un futur proche ou plus lointain.

Cela n'est pas le cas du cheval qui ne peut exécuter des mouvements volontaires que pour un déclenchement très proche (la motivation doit être présente concrètement).
Les processus et leur mise en œuvre étant clarifié, il s'agit de les utiliser pour obtenir du cheval les mouvements que nous souhaitons.
Nous laisserons délibérément de côté le conditionnement pavlovien, qui associe la réponse à un stimulus à une récompense ou à une punition, qui convient bien au dressage de spectacle, car il est rapide et facile à contrôler, mais qui robotise les mouvements car le stimulus vient de l'extérieur et la récompense ou la punition également; le cheval est donc « obligé » sans être personnellement concerné.

Nous utiliserons une forme de conditionnement opérant dans lequel le stimulus déclenchant est interne au cheval (il a personnellement un problème à résoudre),
et pour lequel il doit trouver une solution par essais et erreurs, phase qui peut être considérablement raccourci par le « guide interne »
que constitue le système miroir que nous pouvons manipuler par l'intermédiaire du« bouquet de sensations » que nous lui faisons ressentir.

Dès qu'il a trouvé la solution du problème perçu, c'est-à-dire dès qu'il a rétabli la cohérence en neutralisant le stimulus interne par le bon choix moteur,
le circuit médian du télencéphale, souvent appelé « circuit de la récompense », parce qu'il procure au cheval (comme à l'homme) une sensation de plaisir, s'active de l'intérieur du cheval ainsi que la récompense; cet ensemble est bien adapté à l'équitation sportive et/ou artistique, car il est très souple, le cheval étant directement concerné par la rapidité avec laquelle il trouve la bonne solution et par l'intensité de l'auto récompense qu'il se donne en fonction de la qualité biomécanique du mouvement qu'il a exécuté.
Le reste dépend de nous, puisque nous devons ressentir l'état physique et affectif de notre cheval, dans l'instant, et y adapter nos aides, c'est-à-dire organiser le bouquet de sensations qui va orienter le cheval vers le mouvement souhaité.

Les sensations cénesthésiques données par nos aides vont dépendre en premier lieu de notre posture, point de départ du mouvement,
et de la dynamique dont nous habillons la posture,
l'ensemble devant être perçu par les neurones miroirs du cheval comme l'ébauche du mouvement souhaité, avec suffisamment de précision pour entraîner l'activité de la synergie d'oscillateurs neuromusculaires correspondant aussi exactement possible au mouvement recherché. La qualité de ce couplage d'oscillateurs dépend de nombreux facteurs.
Notre gestualité doit être celle du cheval, et la transposition n'est pas toujours aisée.

Elle doit être apprise par l'observation sur le terrain et en vidéo (vitesse normale et ralenti), pour « accrocher » nos propres neurones miroir, puis reproduire à pied en « faisant le cheval », du corps et des membres, pour nos apprentissages moteurs.

Cette gestualité est transposée de la quadrupédie à la bipédie, c'est-à-dire du cheval au cavalier. Ensuite seulement,
elle peut être reproduite sur le cheval avec quelque chances de succès si le cheval et le cavalier sont en résonance affective (en confiance),
et si le cheval est correctement assoupli et dans l'impulsion (ce qui correspond à l'activation de la formation réticulée, dans le mésencéphale).

Adopter la perspective de l'autre, le cheval, n'est pas si facile: cela nécessite «d'inhiber partiellement notre perspective, qui s'enclenche automatiquement car c'est le mode de fonctionnement par défaut du cerveau».
Si la gestualité est prégnante pour le cheval, avec une intensité bien ajusté, l'état final des oscillateurs sera le synchronisme, l'iso-praxie, et les forces mise en jeu dans l'interaction seront minimales, ce qui correspond bien à la définition de la légèreté en équitation.

Une gestualité « trop primate », trop ferme ou heurté, une « expression émotionnelle contraire au contenu de l'histoire », le cheval dans un état physique ou affectif mal approprié avec l'état souhaitable en fonction du but, toutes ces discordances, au lieu de mener anphatie, mènent à des réponses « antipathiques », c'est-à-dire à des défenses.

Une seule conclusion s'impose: dans la recherche d'une équitation de qualité, dans la plus grande

Légèreté que l'équitation française a toujours prônée, le meilleur cavalier sera toujours celui qui réussira à être le meilleur cheval.
Et pour cela, il est nécessaire de construire et de développer une pédagogie sérieuse, basée sur les résonances affectives et motrices (iso-esthésie et iso-praxie), plutôt que sur des « trucs » issus de la filière à domination commerciale...


6 La Côte rouge (bureau)

24480 Cadouin en Périgord